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Jemaa Music

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Jemâa - L'île qui m'a appris à respirer

Jemâa

L'île qui m'a appris à respirer

« La musique ne demandait pas d'identité. Elle n'avait pas de frontières.
Elle entrait directement dans le corps. »

L'âme avant le parcours

Le temps lent

Kerkennah m'a parlé avec le temps. Là-bas, rien ne presse. Même la mer semble hésiter avant d'avancer. Elle respire. Elle recule. Elle revient. Ce mouvement lent m'a enseigné l'essentiel : vivre, ce n'est pas aller vite, c'est rester accordé.

La musique comme nécessité

Je n'ai jamais chanté pour oublier. J'ai chanté pour ne pas tuer. La musique n'est pas un refuge, c'est une transformation. Une manière de ne pas transmettre la violence brute. Une manière de rester humain.

La dignité silencieuse

Mon père parlait peu. Mais chaque mot comptait. Il disait souvent : « Regarde bien autour de toi. Même le silence est bavard. » C'est ce mélange-là qui m'a forgé. La fierté sans arrogance. La colère sans explosion. La dignité comme seule réponse possible.

Le refus de la haine

Le monde glisse. Je ne veux pas écrire avec la haine. Le reggae m'a appris cela. Ce n'est pas une musique de haine. C'est une musique de clarté. Elle ne frappe pas. Elle éclaire. Elle dit : regarde. Elle dit : souviens-toi. Elle dit : reste debout.

Fragments de vie

I

L'île qui m'a appris à respirer

Kerkennah, la mer lente, le retour, la barque, le Maruba, le temps naturel, la dignité silencieuse. Le lendemain, ma grand-mère disait simplement : « On va à la boulangerie. » Le pas de l'animal était lent, régulier, presque chanté. Plus tard, j'ai compris que ce pas-là contenait déjà le reggae.

Marché à Kerkennah
II

La musique avant la musique

Il y avait ces voix longues, tenues, presque immobiles tant elles semblaient suspendre le temps. Om Kalthoum. Abdel Halim Hafez. Elles chantaient comme on prie, comme on attend. Je ne comprenais pas tout. Mais je savais que c'était vrai. On sent toujours quand une voix ne ment pas.

Mandalas
III

Le père et l'Histoire qui ne se raconte pas

Farhat Hached. Un nom que la Tunisie n'a jamais oublié, même quand elle a essayé de le taire. Il n'a jamais parlé de vengeance. Il parlait de justice. Toujours. Comme si la vengeance appartenait à ceux qui avaient perdu leur humanité.

Vue mer de nuit à Kerkennah
IV

Traverser la mer, apprendre ailleurs, rester soi

Et puis arrive 1978. Un soir. Bob Marley monte sur scène. Je ne peux pas expliquer ce qui se passe sans trahir ce moment. Ce n'est pas une découverte. C'est une reconnaissance. Le balancement rythmique traverse mon corps et rencontre quelque chose de très ancien.

Jemâa jouant guitare face à la rivière
V

Le jour où le corps a parlé plus fort

Le coma dure soixante-deux jours. Je suis assez conscient pour sentir les vingt-sept sondes dans mon corps. Éveillé et absent à la fois. Je ne sais pas encore que je vais revenir. Je sais seulement que je suis passé très près de la frontière.

Jemâa sur scène
VI

Revenir au souffle, revenir à la voix

Sous le masque, j'entends quelque chose. Un rythme. Lent. Régulier. Un tempo. Il s'installe sans que je le décide. Je l'écoute. Je le mémorise. Sans le savoir, je commence à me rééduquer. Pas seulement le souffle. La voix. La musique revient avant les mots.

Retour aux sources

Visages de la musique

Sunset · 1983

Album Sunset - Jemâa

Quand Sunset sort, en 1983, les choses s'ouvrent. Je rends hommage à Bob Marley, non pas en l'imitant, mais en le prolongeant. Je veux un reggae aéré. Chaque instrument à sa place. Pas une démonstration. Un dialogue. Un souffle.

01 One for you and one for me
02 For my brother
03 Pour Paris
04 Métro 1ère classe
05 T'as pas 100 balles Mr ?
06 Now that
07 Bob Marley
08 Sunset
0:00 1:30
"

Je viens d'une île lente. D'une mer qui corrige. D'un père silencieux. D'une mère lumineuse. J'ai traversé le feu. J'ai traversé le vide. Je suis encore là. Et entre la vie et la mort, aujourd'hui, je choisis de vivre.

— Jemâa